jeudi 6 septembre 2012

La mode et le regard masculin

La mode a été de tous temps dictée par des codes sociaux et moraux qui n'ont cessé d'évoluer. Les critères de la bienséance, de l'élégance, de la féminité et du bon goût changent en effet en fonction des époques, le regard masculin exerçant une influence indéniable sur ce qu'une femme peut et doit porter. La mode est ainsi en grande partie déterminée par les hommes, ou du moins par une culture tributaire de valeurs masculines, voire patriarcales.



Au 19e siècle, Charles Frederick Worthl'un des premiers grands couturiers depuis Rose Bertin qui habilla Marie-Antoinette charge lourdement le corps féminin de multiples sous-vêtements, corsets, jupons, etc. qui dessinent une silhouette galbée mais figée dans ses mouvements. L'apparat est sculpture ornementale et le corps, citadelle imprenable. 


Durant les premières années du 20e siècle, les formes féminines continuent d'être soulignées pour le plaisir des hommes qui toutefois réprouvent les inconvenances vestimentaires. Les cols sont fiers et fournis, les jupes et les manches généreuses pour ne laisser planer aucune équivoque sur les moeurs de ces dames. Féminines oui, mais jamais vulgaires, les vêtements dénudés étant réservés aux métiers dégradants de la prostitution ou de la danse de cabaret.

Sous la pression des mouvements féministes, et à la faveur de l'accès de certaines femmes au monde de la couture, les vêtements libèrent enfin le corps de ses multiples entraves : plus de corsets mais des robes droites et fluides qui préservent une liberté de mouvement – celle-là même acquise de haute lutte au plan social et politique. L'allure de la femme se masculinise, les cheveux raccourcissent, la silhouette devient plus neutre, sans perdre pour autant quelques touches de féminité ici et là. La femme se veut égale de l'homme, même s'il lui reste encore un long chemin à parcourir pour acquérir certains droits fondamentaux.


Durant les années 1930 et 1940, il n'est plus question d'extravagances vestimentaires et de frivolités mondaines car les temps sont durs. Hormis dans les hautes sphères de la société, l'austérité économique impose un style simple et pratique qui flatte sobrement les atouts du corps féminin. A noter : les robes tailleurs et les pantalons pour femmes font une percée remarquée dans les garde-robes.


L'après-guerre fait exploser un style ultra-féminin : les hommes de retour du champ de bataille souhaitent voir leurs femmes belles et désirables, arborant des robes très cintrées (retour à l'esthétique "corset"), des jupes évasées et des hauts talons. La forme "sablier" s'impose et les femmes se plient de bonne grâce aux nouvelles tendances. On allie alors savamment sophistication et confort grâce à des vêtements qui flattent les atouts du corps féminin.



Les années 1960 et 1970 représentent pour les femmes une sorte de seconde révolution féminine (après celle des suffragettes de 1910-1920 engagées pour l'égalité sociale). On réduit la longueur des jupes, on brûle les soutiens-gorges, on milite pour l'amour libre et le droit à l'avortement. La mode reflète cette soif de nouveauté, ce besoin d'aisance et cette nouvelle confiance en soi des femmes d'alors. Si le regard masculin continue d'imprimer sa marque sur leur vie publique, il commence toutefois peu à peu à perdre de son hégémonie.



Ces dernières décennies sont marquées par des tentatives d'aller très loin dans leurs choix personnels... Au point parfois d'interpréter cette liberté de manière trop littérale. Du plus court, du plus voyant, du plus moulant et du plus tape-à-l'oeil, voilà la surenchère à laquelle s'adonnent certaines jeunes femmes qui croient être affranchies des diktats masculins et qui réclament leur droit à être belles (= semi-nues) sans aucune conséquence sur l'image stéréotypée qu'elles renvoient d'elles-mêmes et des femmes en général.


Cherchant à être sexy à tout prix, les cagoles d'aujourd'hui confondent leur désir de  plaire avec celui des hommes. Voilà comment s'explique le paradoxe de la bimbo qui ne contrôle pas son image en la surexposant de manière outrancière : alors qu'elle croit s'habiller pour elle-même, elle ne s'appartient plus vraiment, se contentant de refléter le désir des autres. Un retour à la case départ, autant pour la mode que pour l'égalité des genres. Nos ancêtres, quoique corsetées physiquement et moralement, avaient cet avantage de pouvoir porter des vêtements de qualité réalisés dans les plus belles matières...

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